Territoire

Photographies, Jardin Botanique de Malaga, Espagne

L’image devient un territoire

Voici des photos que j’ai prises au Jardin botanique de Malaga en Espagne. Ce sont des photos de différents troncs d’arbre, plus précisément de leur écorce. Le cadrage plonge dans l’écorce, on ne voit plus la forme du tronc. Il n’y a plus d’objet, il n’y a plus d’échelle. En observant les surfaces on découvre tous les détails, le relief des écorces. L’oeil peut se promener longuement sur chacune de ces images tant elles sont riches d’éléments distincts, de variations.

Face à ces écorces, parce qu’elles résistaient à mon regard, en ne se laissant pas comprendre entièrement, en ne me lassant pas, en renouvelant sans cesse mon intérêt pour elles, j’ai entrepris de les décrire. La description a posé un temps lent propice à l’observation. Je voulais voir plus complètement pour mieux comprendre le pouvoir attractif de ces écorces sur moi. Mais au fil des pages de description, les écorces devenaient de plus en plus mystérieuses. Plus j’avançais dans la description plus les images révélaient leur richesse. Suite aux indications sur la couleur et la forme générale, je ne pouvais que constater avec étonnement que chaque centimètre carré était différent de son voisin, unique. J’ai abandonné l’idée de décrire fidèlement ces images, de les décrire avec précision et sans affect; comme si avec les mots je pouvais reproduire exactement l’image. A l’inverse, j’ai décidé de me laisser emmener par leur force suggestive.

Elles me suggéraient des ravins, des crevasses, des cours d’eau asséchés, du lichen, un éboulis de roche, des cratères de volcan, un canyon, une terre desséchée, des feuilles de pierre et bien d’autres choses encore. A force du temps passé dans ces images, à force de leur découvrir toujours de nouveaux aspects, les images sont devenues plus que des images, autre chose. J’y promenais mon regard comme on se balade en forêt, suivant tranquillement des chemins qui ne menaient nul part et se rejoignaient tous, avec des aspects changeants tout du long. L’investissement total de mon oeil à la surface de chacune de ces images a permis d’ouvrir une signification en profondeur et à la suite de mon oeil c’est mon corps qui est entré dans ces images. Dès lors que du visuel je suis passée à une matérialité éprouvée, les images sont devenues pour moi des territoires.

Pour voir d’autres visuels de ce projet, vous pouvez vous rendre sur la page « Portfolio_Malaga »