Fragments

La presse papier est la matière première de ce travail : presse quotidienne (journal quotidien d’actualité), presse périodique (magazine d’information, magazine féminin, people, revue culturelle) et d’autres tirages offset (brochure promotionnelle de la grande distribution, catalogue de produits, revue spécialisée).

J’y prélève des fragments d’image qui sont isolés comme autant de témoins. Pour prélever, j’arrache délicatement la couche supérieure des fibres du papier, celle qui est imbibée de pigments colorés. Les fragments d’image réunis sur une page-planche proviennent d’un même support. Les vignettes, touches colorées aux contours déchirés, fonctionnent ensemble, par effet de groupe et de comparaison.

Les images initiales perdent leur signification dans le morcellement. En regardant les vignettes on voit d’abord des touches colorées, abstraites, aux contours déchirés. Ensuite, en regardant plus attentivement, on découvre soit le détail des qualités matérielles de l’abstraction, soit une bribe de figuration comme une petite narration.

Avec cette manipulation des images, j’amène l’oeil à regarder des détails qui passent habituellement inaperçus. Nous sommes fort sollicités par les images au quotidien, que ce soit en version papier ou numérique, à notre domicile ou dans l’espace public. Chaque jour une part importante de notre temps est pris par ces images. Mais combien de temps consacrons-nous à chacune de ces images ? Quelle est la valeur de ces images ?

Le temps que nous accordons à une image est-il un marqueur de la valeur de cette image, un moyen de quantifier l’intérêt que nous lui portons ?

Ici, l’oeil est retenu par les informations mises en avant. Le détail cible certains aspects des images : leurs qualités picturales : matière-composition et couleur. Pour la matière et la composition le propos est double. On distinguera la matière de l’objet représenté et celle du support papier. On distinguera l’organisation des formes inhérente à l’image initiale et la forme de contour qui résulte de l’arrachement des fibres du papier.

Isoler un fragment d’image c’est réduire la quantité d’informations contenue dans l’image. C’est réduire la narration en retirant les symboles. C’est porter toute l’attention sur les qualités picturales d’une image, comme si toute image avait une valeur esthétique qui demande seulement à être révélée pour être vu, un potentiel artistique de par le simple fait qu’elle est matière, composition et couleur.

Et quand sur une vignette subsistent des éléments identifiables, quand le fragment a conservé une figuration, qu’il y a « idée », c’est une petite idée. Une idée douce, comme une évocation, qui laisse place à l’imagination, à compléter l’information, pas une idée qui impose mais qui suggère, qui ouvre des possibilités d’interprétation.

Ce projet me donne un pouvoir sur les images. Je les change, les modifie, les transforme. Par la manipulation j’interroge le sens initial de ces images, le révèle ou l’anéantis et en propose un autre.

Pour voir d’autres visuels de ce projet, vous pouvez vous rendre sur la page « Portfolio_Fragments »